Foulard de randonnée : tour de cou, chèche ou krama ?
Foulard de randonnée : tour de cou par vent froid, chèche dans le sable, coton pour le soleil. Et le krama du Cambodge, 70 × 140 cm, qui fait tout.
Par Julie Girard

Foulard de randonnée : tour de cou par vent froid, chèche dans le sable, coton pour le soleil. Et le krama du Cambodge, 70 × 140 cm, qui fait tout.
Par Julie Girard

Pour une randonnée à la journée sous le soleil, je prends un foulard en coton, pas un tour de cou. Il protège la nuque, se noue en chapeau à la pause et essuie le visage en haut de la montée. Si vous cherchez le foulard de randonnée le plus polyvalent, regardez du côté du krama. Ce rectangle de coton à carreaux tient une telle place dans la culture du Cambodge que l’Unesco a inscrit les pratiques qui l’entourent à son patrimoine immatériel en 2024.
Le tour de cou en microfibre garde sa place par vent froid, le chèche dans le sable et la poussière. Chacun a son terrain.
On choisit souvent son foulard comme un t-shirt, à la couleur. Mauvaise idée. Posez-vous plutôt quatre questions avant de fermer le sac : aurez-vous du soleil, du vent, de la poussière, de l’altitude ?
L’altitude compte plus qu’on ne le croit. L’OMS rappelle que l’intensité des UV augmente d’environ 10 % tous les 1 000 mètres. Sur un sentier à 2 500 m, votre nuque en reçoit donc nettement plus qu’au parking. Et vous marchez tête baissée, les yeux sur vos pieds. C’est précisément la zone que personne ne pense à couvrir.
Trois foulards, trois usages
Tube en microfibre sans couture
Vent froid, cou et oreilles. Sèche vite, ne fait pas serviette.
Voile de 4 à 8 mètres
Sable, poussière et plein soleil. Couvre tête et visage, prend de la place.
Rectangle de coton d'environ 70 × 140 cm
Nuque, couvre-chef, serviette. Le plus polyvalent du sac de journée.
Aucun des trois ne gagne partout. Le bon réflexe, c’est de partir de la sortie prévue, puis de choisir le tissu.
Le tube sans couture a une date de naissance. En 1991, Joan Rojas, un chef d’entreprise catalan, cherchait de quoi se protéger du froid et du vent à moto. Il en a tiré le tube en microfibre qui a lancé la marque Buff, fabriqué d’abord dans l’usine textile de sa famille à Igualada, près de Barcelone. Trente-cinq ans plus tard, c’est devenu un classique des rayons randonnée.
Ses qualités sont réelles. Il pèse peu, sèche vite, s’enfile en une seconde et ne s’envole pas au col. Au printemps, quand le vent pique encore sur une crête, je ne vois pas mieux pour le cou et les oreilles.
Son défaut tient en une phrase : un tube ne s’ouvre pas. Impossible de l’étaler sur une nuque en plein soleil, de s’en servir comme serviette après un gué, de le nouer sur la tête à la pause de midi. Il fait une chose, et il la fait bien. C’est tout.
À l’autre bout, il y a le chèche. Chez les Touaregs, ce voile s’appelle tagelmust et mesure de quatre à huit mètres. On l’enroule autour de la tête et du visage pour tenir à distance le sable et le soleil du désert.
Quatre mètres de tissu, c’est beaucoup pour une boucle de six heures dans le Jura. Franchement, je ne le sortirais que sur un terrain qui le justifie : piste sèche et ventée, causse en plein mois d’août, trek dans le désert. Là, rien ne protège mieux le nez et la bouche.
Le saviez-vous ?
Les troupes françaises déployées au Sahara, tirailleurs et légionnaires, ont adopté le chèche. L’usage s’est ensuite étendu à la plupart des unités envoyées en pays chaud. Le mot lui-même vient de l’arabe šāš, une étoffe que l’on rattachait à la ville de Tachkent. Source : Wikipédia, article « Chèche ».
Pour un randonneur, le geste à retenir est simple. On part du front, on fait un tour complet, puis on ramène un pan devant la bouche et on le coince sur le côté. Faites trois essais dans votre salon avant de le tenter au vent, pas l’inverse.

Reste le bon vieux rectangle de coton. Il a mauvaise réputation chez les randonneurs, parce qu’il garde l’humidité. C’est vrai. Mouillé et par temps froid, il refroidit au lieu de protéger, et je ne le porterais pas seul sur une crête en novembre.
Par une journée chaude, ce défaut devient presque une qualité : un foulard humide sur la nuque rafraîchit. Surtout, un rectangle s’ouvre, se plie et se noue. Sous la casquette, il descend sur la nuque. Il fait aussi bandeau ou chapeau, sert de serviette et de nappe au pique-nique. Aucun autre objet du sac n’en fait autant.
Une journée de randonnée, quatre usages du même foulard
Au départ
Matin frais
Noué autour du cou, il coupe l'air du petit matin.
Dans la montée
Plein soleil
Glissé sous la casquette, il couvre la nuque et le haut des oreilles.
À la pause
Midi
Trempé dans le ruisseau puis posé sur la nuque, ou simplement passé sur le visage.
Au retour
Piste poussiéreuse
Remonté sur le nez et la bouche, il arrête une partie de la poussière soulevée par le groupe.
Un pays a poussé cette logique plus loin que tous les autres. Là-bas, le foulard de coton n’a rien d’un accessoire de randonnée : c’est un objet de tous les jours.
Au Cambodge, ce foulard porte un nom, le krama. La fiche de l’Unesco le décrit comme un tissu rectangulaire en coton ou en soie, tissé sur un métier à main, avec des motifs quadrillés très divers. Les teintures blanches, jaunes, rouges et bleues sont tirées de végétaux et d’insectes. Le format courant tourne autour de 70 × 140 cm, d’après Wikipédia.

La liste des usages relevés par l’Unesco a de quoi faire sourire le randonneur qui hésite entre trois accessoires : écharpe, ceinture, couverture, bandana, vêtement, et même hamac pour les enfants. Krama Krama, une boutique française spécialisée, ajoute ceux que raconte l’histoire du tissu. Couvre-chef contre le soleil, tenue de bain, ceinture. Autrement dit, tout ce qu’on attend d’un foulard de randonnée, avec quelques extras.
Le krama en quelques repères
70 × 140
Format courant d'un krama, en centimètres
80 × 190
Krama de Baseth (Kampong Speu), en centimètres
2024
Inscription au patrimoine immatériel de l'Unesco
10 %
Part de chaque vente reversée à l'école Sala Baï par Krama Krama
Pour un randonneur, ce format change tout. À 140 cm de long, on fait le tour du cou avec de la marge, on couvre la tête et la nuque d’un seul geste, on s’essuie après la baignade. Un tube ne fera jamais ça.
Un mot sur la provenance, parce qu’un motif à carreaux ne dit rien de l’endroit où le tissu a été fait. Krama Krama fait tisser ses kramas à la main, sur un métier en bois, dans un atelier proche de Siem Reap, et reverse 10 % de chaque vente à l’école Sala Baï. C’est le genre de détail que je vérifie avant d’acheter un tissu présenté comme artisanal.
Le saviez-vous ?
L’Unesco a inscrit les pratiques liées au krama sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le 4 décembre 2024, lors de son comité réuni à Asunción, au Paraguay. Sa fiche précise que le tissu est surtout produit par les femmes. Les hommes, eux, s’occupent de la plantation, de la récolte et de l’entretien des métiers à tisser. Source : Unesco, fiche d’inscription du krama (2024).
Une limite, pour être honnête avec vous. Aucune des sources que j’ai lues ne mesure l’indice de protection UV d’un krama, ni son poids exact. Je ne vous donnerai donc pas de chiffre. Un coton tissé serré, plié en double sur la nuque, reste une protection de bon sens, pas un écran certifié.

Pour une boucle d’été au soleil, comme une randonnée dans les Calanques, prenez un foulard en coton. Il couvrira la nuque dans les passages sans ombre et servira de serviette après la baignade.
Pour une sortie en altitude, un tour du Mont-Blanc par exemple, emportez les deux. Le tube pour le vent du matin et les cols, le coton pour la nuque quand le soleil tape à 2 500 m. Les deux ensemble pèsent moins qu’une gourde pleine.
Pour un trek dans le désert ou une piste très poussiéreuse, le chèche, sans hésiter. Personne ne regrette ses quatre mètres de tissu le jour où le vent se lève sur le sable.
Et si vous ne deviez en glisser qu’un dans le sac ? Un rectangle de coton d’environ 70 × 140 cm, le format du krama. C’est celui qui fait le plus de choses avec le moins de tissu. Pliez-le en triangle la veille et rangez-le dans la poche du haut du sac, celle qu’on ouvre en premier quand le soleil cogne.
Julie Girard
Rédactrice
Julie pratique la randonnée et le kayak en amateur et s'intéresse de près au parapente et à l'accrobranche. Elle documente les sorties encadrées en France et…
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